L’affaire BIM : pour ou contre ?

6 Juil 2016

Si vous n’êtes pas architectes, vous ne le savez peut être pas, mais un débat fait rage au sein de la profession : pour ou contre l’utilisation du BIM ? Derrière ces initiales « choc » se cache le « Building Information Modeling », un processus de modélisation 3D mettant en relation immédiate tous les intervenants d’un projet de construction. 

Grâce au BIM, plus besoin de plans, de calques ni d’innombrables coupes et élévations dont une simple modification peut mettre des jours à être transmise au maître d’œuvre,  par exemple. La réalisation d’une maquette virtuelle préfigurant le bâtiment permet en effet à toute une équipe, de l’architecte à l’ingénieur, de Paris à Tokyo, de travailler sur le même support et de le gérer de manière collaborative.

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© Citae

Largement répandu dans les pays anglo-saxons, il fait depuis peu son apparition en France. Mais telle l’affaire Dreyfus des architectes contemporains, le BIM scinde la corporation en deux partis.

Arguments pro-BIM

Grâce à la maquette numérique, ce n’est plus seulement la coque du bâtiment qui est modélisée, mais également l’intérieur, jusqu’au moindre détail, ce qui permet de s’y immerger en « visites virtuelles ». A la manière du jeu vidéo, il est désormais possible, depuis son ordinateur, de visiter un immeuble n’ayant pas encore été construit. Ce procédé permet même de transmettre au maître d’ouvrage l’évolution d’un projet dans le temps. Un argument de poids, notamment dans le secteur du paysage, à l’évolution lente et « normalement » imprévisible. Comme le rapporte Laure Carsalade dans le magazine AMC, le paysagiste Philippe Thébaud aurait été l’un des premiers à l’avoir utilisé en France, permettant ainsi à toute une équipe de travailler « hors sol » et de simuler la croissance d’une vaste palette végétale sur près de vingt ans.

Qui plus est, supposant la constitution d’un fichier unique, la méthode BIM permet à l’ensemble des maillons de la longue chaîne de construction de travailler de manière interactive. Sans nul doute, la diffusion des idées ainsi que la transmission des transformations apportées sur ces espaces immatériels en est accélérée. Retouchez d’un clic l’épaisseur des marches d’un escalier et la modification sera immédiatement transmise à toute personne travaillant en simultané sur le même fichier.

De plus, pour certains, le BIM réduit la marge d’erreur (qui est humaine) et transformant la plupart des chantiers en véritables casse-tête chinois. Le logiciel, possédant une grande capacité à calculer, encoder, convertir… ne peut recevoir de données faussées, assurant par là-même la faisabilité du projet et permettant d’anticiper les difficultés plutôt que de les découvrir au cours du chantier. Ces mêmes fervents défenseurs du BIM assurent que cette technologie permettrait aux architectes de redevenir les maîtres d’œuvre qu’ils sont nombreux à avoir cessé d’être au profit des ingénieurs. Qualifiés aujourd’hui plus de « directeurs artistiques » que de « concepteurs/constructeurs », les architectes retrouveraient ainsi leurs lettres de noblesse, à condition de s’emparer de cet outil avant que les promoteurs et les industriels n’empiètent sur leur mission.

Enfin, la méthode BIM permettrait aux architectes de mieux maîtriser les coûts de construction, évitant les dépassements pharaoniques qui, même s’ils sont rares, font la réputation de la profession. Elle permettrait de plus, de faciliter le respect  des  délais d’exécution.

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Le musée des Confluences, inauguré le 20 décembre 2014 – Lyon
Conçu par l’agence autrichienne Coop Himmelb(l)au et VINCI construction
Source : muséedesconfluences.fr

Dans le jargon BIM, on appelle 4D l’intégration du facteur temps et 5D, celle de la dimension budgétaire dans la maquette numérique. En entrant les données des bordereaux de prix de chaque élément dans la maquette numérique, celle-ci est capable de les synthétiser et de calculer le coût total de construction, en intégrant celui des déperditions thermiques et du transport de matériaux. Les modifications sur la maquette ont l’avantage d’actualiser de manière synchronisée du coût de l’ouvrage.  La maquette permet en outre de visualiser toutes les étapes de l’évolution du projet et d’assurer la cohérence du calendrier. Cependant, même si le projet du Musée des Confluence à Lyon a été conçu à l’aide d’un logiciel BIM, n’a-t-on pas constaté que le temple de l’histoire naturelle et des sociétés a été inauguré avec du retard et un dépassement budgétaire ?

Alors, le processus BIM, qualifié d’outil de « construction avant la construction » dont les trois pierres angulaires sont « modularité », « flexibilité » et « évolutivité », aurait-il des failles ?

Arguments anti-BIM

Pour les anti-BIM, l’argument le plus couramment soutenu est celui du frein à la créativité. Tous types de paramètres doivent être entrés dans le logiciel pour composer la maquette finale. Normes de sécurité et objets standardisés dont la conception est réutilisable risquent de régir la forme et l’usage du bâti. Des parties paramétrées, telles que les chambres d’hôtels ou les salles de classe par exemple, sont duplicables à l’infini et réutilisables à l’identique. Qui plus est, l’architecte ne travaillant plus par succession et superposition de calques le menant progressivement de l’esquisse à l’œuvre finie, risque d’être dépossédé de sa souplesse créatrice et de figer le projet dès l’origine.

L’intégration de l’ensemble des paramètres dans la maquette peut prendre des dizaines de mois, transformant l’architecte en technicien informatique plutôt qu’en concepteur. Quant à la formation, certains estiment qu’elle doit s’étaler sur au moins 3 ans pour que l’outil soit totalement maîtrisé.

Tout ceci a donc un coût. Bien que l’investissement soit avantageux sur le long terme, une agence d’architecture devra débourser en moyenne 10 000 euros pour qu’un seul de ses employés soit équipé du logiciel et puisse bénéficier d’une formation. Une somme que la plupart des agences  françaises, pour qui les temps sont durs, sont loin de pouvoir débourser. Seuls quelques grands groupes et « architectes stars » auraient ainsi la possibilité d’acquérir ce type de prestation, dont les maîtres d’ouvrages pourraient être friands. Concurrence déloyale ? Monopole des marchés ?

Le blog « L’abeille et l’architecte » a ainsi décrié ce procédé dans un article intitulé « Mais qui pousse au BIM ? »

Son auteur dénonce les promoteurs du BIM : « Le CTSB, l’Ordre des architectes, les grosses agences d’architecture, les éditeurs de logiciels et le meilleur pour la fin : l’EGF BTP, le syndicat National des entreprises générales françaises de bâtiment et de travaux publics [… ] C’est ce que Nicolas Colin, fondateur de l’incubateur The Family, appelle un « levier de domination du BIG business as usual ». Chacun des acteurs du BIM cités ci-dessus est solidement ancré dans la construction et surtout ne veut pas qu’un Amazon ou Über arrive sur le marché. En verrouillant au maximum les méthodes de production, en les encadrant par loi (le ministère du logement est aussi ici un acteur important), les possibilités de disruption numérique s’éloignent peu à peu de la construction. »

Avant de conclure que le BIM serait « une idéologie de formatage de l’architecture et des architectes au nom de la rentabilité, du profit des entreprises de BTP et du désengagement de l’État ».

Ainsi, bien que les arguments en défaveur de cet outil de modélisation 3D soient plus rares, ils pèsent dans la balance…

L’avenir du BIM 

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Source : bilbtp.com

Par le passé, les logiciels ont déjà transformé la manière de travailler des architectes. C’est par la possibilité de modéliser des formes souples, courbes et « molles », que le mouvement Zorglub est apparu, dont Zaha Hadid fut la figure de proue.

Mais qu’en sera-t-il de l’avenir ?

En offrant la possibilité de visiter une maison avant même qu’elle ne soit construite, le BIM pénètre dans le champ de la réalité virtuelle. Car pour pouvoir enfiler ses lunettes et se promener dans un intérieur virtuel, la création d’une maquette numérique est nécessaire au préalable. L’avenir de l’architecture pourrait alors résider dans l’immersion du client dans un projet artificiel, lui donnant la capacité de visualiser le projet et de formuler ses désirs. « Ce mur-ci, je préférerais qu’il recule de 3 mètres et cette cloison, percez-la de la sorte », dirait le client enfin capable, grâce à cet outil, de se projeter dans des projets que les plans et les coupes rendaient jusqu’alors difficilement lisibles. Un grand pas pour les maîtres d’œuvres donc, mais aussi pour les maîtres d’ouvrage !

 

Lumières de la Ville

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