Quelle(s) forme(s) pour la mobilité domicile-travail de demain ?

5 Sep 2017

Préoccupations environnementales, augmentation des situations de burn-out, congestion constante des axes de transports, poids économique… De multiples facteurs poussent les travailleurs-usagers, les services publics ou encore les entreprises à se réinterroger sur la manière dont nous nous déplaçons quotidiennement pour aller au travail.

Au cours des dernières décennies, notre temps de trajet domicile-travail n’a cessé d’augmenter. Alors qu’en 1976 le temps de trajet moyen d’un francilien était de 76 minutes, il a été évalué à 92 minutes en 2010. En 2012, l’Enquête Globale Transport 2012 sur l’Île-de-France annonçait une durée moyenne de deux heures pour un aller-retour travail-domicile. Le contexte économique récent, poussant les travailleurs à s’adapter à l’offre, ne leur assure plus de vivre à proximité de leur lieu de travail. Si cela a pour conséquence un allongement des temps de déplacement, cela ne signifie pas pour autant que ces trajets soient bénéfiques. Pollution, congestion, surpopulation, mauvaise qualité des infrastructures. Plutôt que de nous offrir une pause dans notre quotidien, ces trajets, qui constituent plus de 42% de notre temps de déplacement global, sont anxiogènes et bien souvent néfastes pour les travailleurs..

Réduire notre temps de déplacement obligatoire est donc devenu une priorité collective. Cela relève d’enjeux environnementaux, économiques, de santé publique, d’attractivité territoriale mais aussi de qualité de vie au travail. Cette conscientisation de l’importance de ces flux et des désagréments qui en découlent donne lieu à de nouveaux comportements de la part des utilisateurs et à un développement de nouveaux services de la part des services publics et des entreprises. En imaginant cette mobilité pendulaire de demain, il s’agit alors de comprendre l’évolution des comportements qui y sont liés pour pouvoir s’y adapter pour répondre aux besoins.

 

Pourquoi repenser ces déplacements ?

Au cours des dernières décennies, beaucoup de paramètres ont évolué, rapidement. A partir des années 60, une masse salariale importante, qualifiée, arrive sur le marché du travail. L’accès aux études supérieures se démocratise et les femmes arrivent en masse. L’activité économique se tertiarise aux dépens de l’industrie. On travaille aujourd’hui majoritairement dans les bureaux. Les modes de travail évoluent et les structures urbaines aussi. Les zones résidentielles ne sont plus forcément pensées en fonction des lieux de travail. En parallèle, cela est rendu possible, car la reine voiture se démocratise. Notre espace-temps est réduit et nous permet d’accéder rapidement à notre lieu de travail bien que celui-ci soit situé à plusieurs kilomètres du lieu de résidence.

Aujourd’hui, de nouveaux paradigmes voient le jour. La révolution du numérique change nos modes de travail. Plus besoin d’être au bureau. Aussi, notre sensibilité environnementale croit. La ville doit se reconstruire sur elle-même et permettre de réduire les distances. Un besoin de retour au local, à la proximité et à un temps plus mesuré se fait sentir. Aussi, nous sommes de plus en plus d’urbains. Face à cela, les réseaux routiers comme ceux des transports en communs se voient saturés, ce qui se répercute sur notre qualité de vie. Le défi urbain de notre époque doit répondre à un mieux vivre collectif dans un périmètre densifié. Dans ce contexte, les voitures sont perçues comme néfastes : elles consomment énormément de place et sont à l’origine de diverses pollutions (de l’air, sonore ou encore visuelle). Progressivement, la voiture perd de son succès, jusqu’au Peak Car en 2010. A partir de cette date, la mobilité automobile cesse de croître et se stabilise. En particulier, ce sont les déplacements automobiles entre le domicile et le travail qui diminuent. De nouveaux modes de déplacements émergent !

Changer son comportement, pour améliorer son quotidien !

Il faut aujourd’hui se rendre à l’évidence, l’augmentation de nos temps de trajet est le témoin d’une inadéquation croissante entre nos modes de déplacements et nos modes de vie. Congestion, dépenses, fatigue ou environnement, nous avons tous une bonne raison de nous réinterroger sur notre comportement.

De manière significative, les formes de mobilité dites actives sont encouragées et connaissent un regain d’intérêt de la part des utilisateurs. En effet, la marche et le vélo sont de retour dans nos rues bien que les infrastructures qui leur sont dédiées soient encore limitées.

Si les transports en commun rencontrent un certain succès, ils sont néanmoins remis en question. La qualité des infrastructures, la surpopulation des rames en période de pointe, la multiplication des problèmes techniques, ces espaces sont souvent jugés anxiogènes par les utilisateurs. Pour rendre le trajet plus agréable, des applications de co-piétonnages, comme Mon Chaperon Pro, permettent aux travailleurs de partager leurs trajets. Les deux heures moyennes de déplacement peuvent alors se transformer en un moment convivial entre collègues. Des applications similaires, comme Wayz-Up sont également appliquées aux trajets pendulaires en voiture.

Si cette option adoucit l’épreuve, cela ne réduit pas pour autant le temps passé au sein de ces transports. Pour y contribuer, les entreprises mettent en place des stratégies internes. Cela peut passer par l’augmentation de services sur place. En effet, certaines entreprises assurent la présence de crèches, de salles de sport ou encore de supermarchés, pour éviter à leurs employés de cumuler d’autres déplacements.

D’autres ont permis à leurs salariés de décaler leurs horaires de travail évitant ainsi les périodes de congestion. Les journées de télétravail également commencent à se développer. Si cela ne réduit pas le temps de trajet quotidien, il réduit le temps hebdomadaire consacré au déplacement, le stress et la fatigue de l’employé.

Le numérique : une nouvelle forme de mobilité professionnelle pour la ville de demain ?

Pour concevoir de nouvelles formes de déplacements domicile-travail, il faut prendre la mesure de l’évolution de nos formes de travail. En effet, nous sommes de plus en plus bouleversés par les effets du numérique. Nos modes de travail évoluent. Les lieux d’emplois se multiplient. (Espaces de coworking, domicile, tiers-lieux, etc.)  Les temps de travail se diversifient. Le numérique a permis d’accueillir une certaine forme de flexibilité dans nos emplois du temps.

Grâce à cela, le télétravail est rendu possible et rencontre un grand succès au sein des entreprises. Cela évite les déplacements, permet un gain de temps et de dépenses pour les travailleurs comme pour les entreprises. Suite aux premières expériences, 93% des télétravailleurs se sentent moins fatigués, et 79% moins stressés.

Le télétravail est-il donc la solution à notre problème ? Le télétravail, soit le non-déplacement, serait-il la forme de mobilité associée à la révolution de nos modes de travail liée au développement du numérique ?

La majorité des entreprises plaident en ce sens. Selon une étude sur la mobilité idéale menée par Le Forum Vies Mobiles, un think tank de la mobilité soutenu par SNCF, 53% des entreprises considèrent qu’une normalisation du télétravail contribuerait à un futur idéal contre seulement 47% qui pensent que l’amélioration de l’offre de transport serait une solution plus durable.

Pourtant, le télétravail prive également l’employé d’une certaine forme de sociabilité. Aussi, le travail collectif doit-il être réduit pour cause de mobilité non maîtrisée ? La promotion du télétravail ne serait-elle pas plutôt un pansement sur nos problèmes de mobilité ? S’il réduit nos déplacements, notre stress et nos émissions de CO2, il ne répond à aucune solution de long terme pour nos trajets de demain. Comment assurer le déplacement durable d’un nombre important de travailleurs, d’urbains sans pour autant arrêter de se déplacer ?  En effet, les technologies numériques ne font et ne feront pas disparaître nos besoins de mobilité spatiale.

Si les nombreuses initiatives, telles que le partage des trajets, le développement des mobilités dites actives émergent, quelles solutions structurelles de long terme la ville et ses acteurs, que ce soient les services publics comme les entreprises, apportent à leurs usagers ? Doit-on retourner à un modèle ancien d’implantation de zones résidentielles à destination des travailleurs de proximité ? En sachant que la bi-activité des ménages rend cette option difficile. Doit-on investir, comme à Copenhague par exemple, dans le développement d’autoroutes cyclables, qui permettraient d’être appliqués à de plus grandes distances et donc à un plus grand nombre de travailleurs ?

Lumières de la Ville

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