Florilège de commerces nippons, pour occidentaux en manque d’inspiration : les konbini (1/3)

30 Mar 2015

Comme ailleurs dans le monde, les rues japonaises possèdent toutes sortes de spécificités, visuelles ou fonctionnelles. Dans deux billets précédents, nous passions en revue leurs mobiliers urbains intrigants et pour le moins inspirants… Aujourd’hui, nous nous intéresserons à d’autres ingrédients essentiels agrémentant le béton nippon : ses commerces.

Rue commerçante - Kagoshima ; Crédits : [pop-up] urbain

Rue commerçante, en face de la gare de Kagoshima ; Crédits : [pop-up] urbain

Qui se promènera au Japon, de nuit comme de jour, sera forcément attiré par l’aménagement insolite d’une vitrine, un étalage aux produits désirables, une chanson dynamique aux accords stridents, ou les lumières étincelantes des mille et une supérettes garnissant l’espace public. Certaines enseignes méritent en tout cas le coup d’oeil, au moins pour attiser notre curiosité, et pourquoi pas pour insuffler un nouveau souffle à nos commerces occidentaux.

Shopping everywhere, du sous-sol jusqu’au toit

Où que vous soyez au Japon, effectuer des achats ne devrait pas être un problème. Les rues regorgent de petits recoins où se nichent des commerces microscopiques, et aussi et surtout de bâtiments à étages, eux aussi occupés par des boutiques avec vue sur la ville ! Plus difficiles d’accès pour les non-japonophones, ces derniers font bien souvent partie de la face cachée du Japon touristique. Mais rien n’interdit de tenter sa chance, et de gravir quelques marches pour découvrir, pourquoi pas, une boutique de jeux vidéo d’occasion, un musée d’estampes amateurs ou même un bar à cocktail… En tout état de cause, le rez-de-chaussée des villes nippones surabondant de lieux de chalandise en tout genre, ils demeurent une valeur sûre pour le promeneur novice… et peu désireux de s’aventurer dans les hauteurs (ou en souterrain…).

Boutique kimono - Tokyo ; Crédits : [pop-up] urbain

Boutique de kimono, à Tokyo ; Crédits : [pop-up] urbain

Une grande partie des centres-villes est par exemple prodigue en galeries marchandes, toujours éclairées et animées. En effet, dans la majorité des villes reconstruites après-guerre, la galerie marchande fait souvent office d’agora centrale, à l’abri de la circulation ou de l’humidité. De même, les centres commerciaux ne sont pas rares, en plein centre sur plusieurs étages ou en périphérie, proposant de multiples enseignes. D’autre part, grands magasins de vêtements occidentaux ou de créateurs nippons trouveront leurs rues dédiées, faisant dès lors la part belle aux sociabilités de la jeunesse locale. Enfin, le voyageur chanceux aura peut-être le plaisir de croiser, au détour d’une grande ville, un marché en plein air bazardant produits frais ou quincailleries en pagaille. Les voyageurs ou amateurs d’artisanat local seront enfin ravis de tomber ici et là sur de charmantes boutiquesproposant poteries et autres tissus traditionnels.

Ce n’est évidemment pas tout… Certains modèles de commerces japonais présentent de véritables singularités urbanistiques ou pratiques qui n’ont pas fini de nous influencer.

Le konbini : ovni ou roi de la praticité ?

Impossible, lorsque l’on évoque les échoppes japonaises, de ne pas mentionner l’une des formules commerciales les plus surprenantes du pays, et les plus célèbres aussi : les magasins de commodités, communément appelés “konbini”. On ne présente plus ces supérettes à tout faire, qui donnent ses couleurs éclatantes à la rue japonaise contemporaine, tout en épaulant la vie affairée des citadins :

“Concept importé des États-Unis et hissé en symbole de la société de consommation (acheter, vite, tout le temps), les combinis fleurissent tous les 500 mètres. Présents partout en ville comme à la campagne, ces petits commerces de proximité tournent H24, sept jours sur sept, même les jours fériés. Cette disponibilité imbattable n’est pas leur seul point fort : le combini n’est pas seulement une solution de secours pour les gens mal organisés ou les têtes en l’air, c’est aussi un point multi-services de premier ordre. Car oui, les résidents japonais ont la possibilité de régler toutes leurs factures (eau, gaz, électricité, télécommunications) en même temps, au combini.”

Commerce proximité - Japon ; Crédits : Luis Rodriguez / Flickr

Les trois grands leaders sur le marché sont Seven Eleven, Family Mart et Circle K Sunkus ; Crédits : Luis Rodriguez / Flickr

Contrairement aux “convenience stores” et autres épicerie de dépannage que l’on trouve en Europe, les konbini présentent une folle somme de services… à des prix raisonnables ! Du paquet de bonbons à la paire de chaussettes, en passant par la serpillière microfibre et les derniers magazines à la mode, sans oublier les liqueurs de plus ou moins bonne facture, ces super supermarchés proposent toutes les commodités nécessaires au consommateur diurne ou noctambule.

Leur grande valeur ajoutée réside ainsi dans plusieurs points. A échelle humaine puisque très nombreux, et maillant le territoire avec une régularité déconcertante, ces lieux sont souvent plus avenants que le supermarché lambda. D’autre part, ces échoppes lumineuses proposent divers aliments à emporter, mais attention : on est bien loin de la “junk-food” ! Bien au contraire, la plupart des casse-croûte proposés au rayon frais sont bel et bien variés et équilibrés.

“Ce ne sont pas de simples plats préparés, car les ingrédients sont sélectionnés et pensés pour la nutrition. Au Japon, de nouveaux produits sortent chaque mois. Par exemple, quand j’étais à Tokyo, j’avais l’habitude de manger régulièrement des menus Bento (repas complet à emporter) : chaque jour, je pouvais essayer un déjeuner différent. Il y a plusieurs grandes chaînes de convenience store et la concurrence est rude pour attirer un maximum de consommateurs. Pour cela, l’innovation permanente est un facteur clé.”

konbini - Kyoto ; Crédits : Japanexperterna / Flickr

Produits frais et grignoteries dans un konbini kyotoïte ; Crédits : Japanexperterna / Flickr

Enfin, la liste et la variété des services fournis par ces enseignes sont réellement surprenantes pour le consommateur occidental. Pour n’en donner qu’une infime idée, ces supérettes proposent à ses consommateurs de : photocopier, déposer ou retirer de l’argent, poster un colis, réchauffer de la nourriture, payer à crédit, louer des chambres d’hôtel, acheter des places de spectacle, utiliser les toilettes, commander un gâteau d’anniversaire, s’inscrire à des cours par correspondance ou bien encore – pour certains seulement -, effectuer un modeste bilan médical… Ouf !

Véritables noeuds de la vie quotidienne du japonais ordinaire, les konbinis centralisent achats à la va-vite, services culturels ou administratifs, et convivialités journalières. C’est également le lieu idéal pour y piocher un job d’appoint, destiné par exemple au milieu estudiantin. La valeur sociale de ces petits lieux illuminés va même plus loin puisque de plus en plus, chaque konbini s’adapte localement aux besoins de sa clientèle. Les milieux ruraux proposeront par exemple plus de services aux personnes âgées que les centres des villes dynamiques ! Il ne reste plus qu’à rêver de voir un jour de tels commerces avoir pignon sur nos rues…

Pour aller plus loin :
Les combinis, ces super supérette – sur Madmoizelle
Konbini : la supérette japonaise 24/24 – sur Vivre le Japon
Les “convenience stores” (konbini) – sur Le vrai Japon

Lire la deuxième partie de l’article : Extraits de magasins nippons : le discount dans tous ses états (2/3) 

[pop-up] urbain

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