Etats Généraux de la ville, un exemple de démocratie participative

13 Juin 2018

Depuis l’appel de Grigny en octobre 2017, les territoires concernés par la politique de la ville sont en ébullition. Le rapport commandé par le président à Jean-Louis Borloo a rassemblé municipalités et associations autour d’une consultation collective, censée adresser les principales difficultés de ces quartiers. Organisés spontanément par les acteurs de terrain, ces États Généraux de la politique de la ville représentent un effort de démocratie territoriale inédit.

 

Jean-Louis Borloo, Julien Denormandie et Jacques Mézard aux États Généraux de la politique de la ville à Paris le 26 avril

Jean-Louis Borloo, Julien Denormandie et Jacques Mézard aux États Généraux de la politique de la ville à Paris le 26 avril – Wikipédia

« Il a fait une annonce ? »

« Plus de 15 000 participants aux groupes de travail, c’est un effort considérable de co-construction. Rarement on a vu autant de mobilisation sur un sujet aussi important », se félicitait le ministre de la cohésion des territoires Jacques Mézard, face à une foule d’acteurs locaux réunis au gymnase Jean Jaurès dans le 19ème arrondissement de Paris. Maires, associatifs et citoyens étaient effectivement rassemblés ce 26 avril pour le cinquième rendez-vous des États Généraux de la politique de la ville organisé par un regroupement d’associations baptisé Territoires Gagnants. Une date particulièrement critique puisqu’elle coïncidait avec la remise du rapport Borloo au président Macron qui l’avait appelé de ses voeux quelques mois plus tôt. Le rapport était donc chargé de faire le point sur l’état des quartiers politiques de la ville, après quarante ans de la politique du même nom, censée opérer un rééquilibrage en faveur des territoires les plus défavorisés.

Distribué à l’entrée de ce gymnase construit en 1888, l’exemplaire du Monde du jour avec sa Une sur le rapport Borloo est dans toutes les mains. « Excusez-moi, on a raté le discours de Mézard, il a dit quelque chose ? Il a fait une annonce ? » chuchote un retardataire à l’oreille de son voisin. Si l’enthousiasme est palpable grâce à la forte mobilisation des politiques et de la société civile, les visages restent sérieux et attentifs. En effet, l’urgence qui a permis ces États Généraux quelques mois plus tôt est toujours d’actualité. L’urgence, c’est celle dénoncée unanimement par les maires et acteurs de terrain dans leur Appel de Grigny du 16 octobre 2017.

Source : Rapport Vivre ensemble, Vivre en grand

Source : Rapport Vivre ensemble, Vivre en grand

« Le plan de la dernière chance »

Baisse des APL, réduction drastique des contrats aidés, réduction de 11% du budget de la politique de la ville… Le premier été du mandat d’Emmanuel Macron semble avoir été difficile à avaler pour les maires de quartier. Tous les rapports convergent, les 1 500 territoires politique de la ville (qui représentent 5,5 millions de français) sont exsangues, privés de moyens à la hauteur de leurs besoins. Le tissu associatif peine désormais à remplacer la disparition progressive des services publics. Faouzi Lellouche, responsable de l’association Accès Libre à Sevran décrit sa ville dans une lettre ouverte qu’il lit à un auditoire convaincu : « ce territoire compte une population multiculturelle majoritairement jeune avec un grand nombre de famille monoparentale, un fort taux de chômage, une augmentation du décrochage scolaire après le collège et peu de réussite dans les études supérieures. Tout cela réuni dans un même quartier. Aujourd’hui nous sommes en manque de financement et de reconnaissance ».

Une expression est sur toutes les lèvres : le « plan de la dernière chance ». Présent le 26 avril, Stéphane Gatignon assène sans détour que « tout est à faire, on ne peut pas louper ce rendez-vous ». Maire de Sevran pendant 17 ans, il est connu pour son engagement total dans la lutte contre les inégalités territoriales. Il se met notamment en grève de la faim en 2012 pour dénoncer la situation critique des finances de sa ville, puis démissionne de son mandat le 27 mars 2018 pour protester contre l’insuffisance des politiques publiques en banlieue. Patrice Bessac, maire de Montreuil lui emboîte le pas avec un peu plus d’optimisme : « le rapport permet de sortir de l’indifférence ».

Source : Rapport Vivre ensemble, Vivre en grand

Source : Rapport Vivre ensemble, Vivre en grand

Une vaste consultation participative

Au départ du mouvement, c’est une tribune qui crée l’étincelle. Signée d’une vingtaine de maires de tous bords dans les pages du JDD daté du 5 août 2017, elle appelle à un changement radical de méthode. Avec le soutien des associations Bleu Blanc Zèbre, Villes de France et Ville et Banlieue, les États Généraux de la politique de la ville débutent en octobre afin de rétablir un dialogue avec le gouvernement et de construire un travail collectif pérenne. Ce rendez-vous itinérant permet dans un premier temps aux acteurs de terrain d’exprimer leurs difficultés et d’être écoutés. L’appel de Grigny suivi par le discours d’Emmanuel Macron à Tourcoing créent une véritable dynamique positive et volontariste, en rupture avec les politiques de stigmatisation notamment entretenue pendant le mandat de Nicolas Sarkozy.

Après les rencontres à Grigny, Roubaix, Mulhouse, Sevran ou à La Réunion, celle de Paris est le point culminant d’une séquence démocratique spontanée à l’initiative des maires. Leurs efforts constants pour aligner leurs besoins avec le calendrier de la politique de la ville semblent aussi inédits que nécessaires. En ce sens, la présence conjointe de l’auteur du rapport, du ministre de la cohésion du territoire, de nombreux maires dont Madame Hidalgo et d’une centaine d’association venues des quatre coins de la France est un beau moment citoyen. Mères, sportifs, jeunes en service civique… les nombreuses prises de parole n’hésitent pas à interpeller directement le ministre et les élus en présence. Jean-Louis Borloo, bien que le rapport porte son nom, s’évertue à s’effacer au profit du travail acharné de ces volontaires pour élaborer un plan cohérent, utile et réalisable. L’heure est à l’action, comme l’exhorte la première ligne du rapport.

Quelques semaines après publication du rapport, le 22 mai, Emmanuel Macron apportait sa réponse au long travail d’écoute réalisé par celui-ci. Une réponse visiblement en dessous des attentes, puisque la plupart des membres des États Généraux se disent « rester sur leur faim » après des annonces « peu opérationnelles », le président ayant en effet reporté certains point à la mi-juillet. En attendant, les États Généraux poursuivent leur tour de France pour rencontrer les acteurs de terrain.

Rapport Borloo : Vivre ensemble, vivre en grand : Pour une réconciliation nationale

Usbek & Rica

Vos réactions

Quent LE 20 juin 2018

Pour prolonger votre conclusion, lors du Sommet du Grand Paris qui s’est déroulé hier à La Défense, une des participante (mairie d’une commune d’IDF) a indiqué en substance que le rapport Borloo avait été jeté à la poubelle par le président…

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