Avec DVTup, le local love au service de la revalorisation des lieux urbains délaissés

4 Jan 2017

Quand on tape DVTup sur Google Images, on découvre à la cinquième image référencée, un dessin dont la forme s’apparente à celle d’un cœur, avec à l’intérieur un assemblage de plein de petits éléments, dont la réunion ressemble vaguement à celle d’un utérus. Quelle drôle d’idée visuelle pour cette toute jeune entreprise dont le nom a les sonorités de celui d’une start-up.

Et pourtant après avoir rencontré la jeune architecte urbaniste Julie Heyde, qui n’est autre que sa fondatrice, on comprend bien le sens de ce logo car, à lui seul, il illustre comment DVTup relie bout à bout tous ces petits détails qui peuvent construire des histoires d’amour…

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Julie Heyde, fondatrice de DVTup. Crédit photo : Créarif

Car, dans toute relation sentimentale, il y a des moments fondateurs qui petit à petit peuvent ou non forger le couple, lui font subir des épreuves qui le rendent plus fort, plus uni, afin de pouvoir peut-être un jour s’unir plus officiellement et pourquoi pas même également parvenir à réaliser ce qu’il y a de plus beau sur terre, à savoir donner naissance à un nouvel être.

Eh bien, DVTup c’est un peu ce Cupidon qu’il manque parfois à tous ces acteurs de l’urbain qui pourront, une fois réunis, donner naissance à des projets sur des espaces délaissés, que ce soit dans les quartiers classés « politique de la ville » ou même au-delà.

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Logo de DVTup. Crédit photo : DVTup

DVTup, les lieux délaissés comme point de départ

« Si comme nous, vous voulez que le paysage urbain puisse se transformer par l’action des usagers et que le lien social puisse ainsi s’exprimer plus facilement dans des espaces coconçus… Alors, nous pouvons vous assurer qu’avec nous, vous agirez localement tout en ayant un rayonnement positif à grande échelle. »

Cette phrase tirée du site internet de DVTup illustre assez bien la philosophie et les objectifs de la jeune entreprise. Ce collectif dont l’activité se définit comme une assistance à maîtrise d’usage et une ingénierie de projet collaboratif a créé un nouveau métier à part entière.

Alors qu’elle se démocratise de plus en plus, la concertation et la perspective d’associer des habitants s’exerce quasiment tout le temps par des concepteurs de l’urbain eux-mêmes, autrement dit ceux qui conçoivent et qui produisent quelque chose de leurs mains. Une autre possibilité, c’est aussi une collectivité qui missionne une agence spécialisée dans la concertation ou dans la communication dans le but de répondre à la législation en vigueur aujourd’hui. Autrement dit, l’agence ayant été choisie par le biais d’un appel d’offre lancé par la collectivité en question, organise les réunions publiques et autres éléments imposés par la loi en vigueur pour les projets d’aménagement urbain. Certaines collectivités dépassent parfois le seuil législatif imposé dans le processus participatif, mais, quel que soit le niveau de déploiement de cette politique, les collectivités choisissent toujours soit des concepteurs spécialistes des démarches participatives, soit des spécialistes de la concertation pour mettre en œuvre tel ou tel dispositif participatif.

DVTup n’a pas conçu son activité autour de la conception urbaine. La jeune équipe composée d’architectes urbanistes, de marketeurs, et de spécialistes des territoires, n’a pas non plus fait de son intérêt pour la participation du grand public, un atout. Et quant à leur objectif, il n’a pas été de se spécialiser dans tel ou tel dispositif participatif, ni même dans la participation elle-même. Car comme l’explique sa fondatrice Julie Heyde, tous viennent de milieux différents et surtout, au départ « il y a d’abord un lieu ». Ce lieu, ou plutôt ces lieux, ce sont ces espaces délaissés que l’on trouve en bordure d’immeubles dans les quartiers périphériques ou même au cœur de la ville, là où le droit à la ville existe encore pour ses habitants.

C’est à partir de ce constat selon lequel il existe d’innombrables espaces morts dans la ville, des espaces délaissés qui ne peuvent être considérés comme des espaces publics et encore moins des espaces de bien-être, que l’idée de DVTup a germé au fil du temps et des rencontres : « C’est dans les banlieues que l’on trouve le plus ce type d’espaces. Ils se situent souvent en pied de tours, ou en bordure de barres. Ils sont sans usages, mis à part du parking et de la circulation, mais l’espace public ce n’est pas que ça ».

DVTup, un nouvel acteur et un nouveau métier nécessaire pour la ville

De là est alors venue une réflexion autour de l’espace public et de sa portée politique, ajoutée à la question de l’usager face à ces lieux. « Cette question majeure existe chez moi depuis très longtemps, bien avant la création de mon agence d’architecture (ndlr : Crosscrossing créée en 2010) et même avant mon passage à l’école d’architecture. J’ai d’abord obtenu un bac d’art appliqué où l’on pratiquait beaucoup le design. Dans cette matière, l’usager est au cœur du process. Quand tu arrives en école d’archi, l’usager compte toujours, mais petit à petit tu t’en éloignes. La position sociale et sociétale de l’espace dans un ville est alors devenue fondamentale pour moi ».

Autour de ces lieux, il y a donc les usagers et au-delà, il y a les organismes publics d’un côté et les organismes privés de l’autre. Mais tout part bien du lieu pour aller vers les potentialités que veulent y voir les acteurs publics et privés. Pour aller vers ces potentialités, il faut d’abord et avant toutes choses en savoir plus sur le rapport qu’entretiennent et celui que voudraient entretenir avec ce lieu, les usagers. C’est à partir de là que DVTup fonde son activité.  Il s’agit de « trouver un équilibre entre comment réintégrer les usagers dans les processus, comment améliorer les processus de production eux-mêmes entre les acteurs et enfin comment retrouver une bonne place pour chaque acteur dans un projet défini ensemble. »

Au travers de ce lieu, Julie nous explique donc que son métier s’exerce d’abord au travers de la maîtrise d’usage : « Il s’agit de faire remonter les expertises usagers vers les mairies et collectivités et également auprès des maîtres d’œuvres. » C’est dans cette perspective que l’architecte urbaniste s’est entourée de personnes provenant d’univers complètement différents et dont les compétences professionnelles se situaient initialement en dehors de toutes questions relatives à la conception de l’espace. « Il s’agissait de comprendre comment se construisaient notamment les logiciels informatiques, qui sont nécessairement créées via l’expertise d’usage ».

Au-delà, le métier de DVTup, c’est aussi la pratique du collaboratif : « Il s’agit de mettre en place mais aussi de transmettre cette manière de faire du collaboratif dans les projets relatifs à l’espace. Nous faisons donc de la pédagogie auprès de tous les acteurs en présence. Acteurs publics, acteurs privés, citoyens. Le collaboratif est notre outil de travail premier. »

Au-delà de la maîtrise d’usage et de l’ingénierie de projet collaboratif, DVTUp a récemment précisé son offre comme un retour aux sources, essentiel pour Julie Heyde : « Nous avons ajouté l’urbanisme inclusif à notre activité, car cette dernière est forcément liée à l’espace. L’espace est porteur pour nous, c’est la racine, c’est la base de notre activité. »

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Crédits : DVT UP – Auberviliers

Quatre étapes : Diagnostic, programme,  test, pérennisation

Aujourd’hui, depuis trois ans, la jeune équipe accompagne donc et facilite le développement de projets locaux sur divers territoires, à Aubervilliers et à Villiers-Le-Bel notamment. Au-delà de leur vision, leur méthode de développement de projet agile et inclusive est tout à fait singulière. Quatre étapes la structurent.

  • Pour commencer, il y a une première phase de diagnostic et d’audit : « Si on travaille sur le territoire il faut d’abord le connaître et en connaître ses usagers ». DVTup part donc sur le terrain pour rencontrer les acteurs de la ville, les acteurs associatifs, les habitants… « Nous essayons de plus en plus en de rencontrer ces acteurs tous ensemble. C’est ce qu’on a fait à Villiers-le-Bel par exemple, pour les aider à développer un café des enfants ».  Par ces premières rencontres, il s’agit d’établir un premier diagnostic, de révéler ce qu’il est possible de créer ou non et de jauger les forces humaines en présence. Une partie de cette première phase s’apparente aussi à un audit de l’espace. « Il s’agit d’appréhender le lieu et ceux qui se trouvent autour : Où est-ce qu’il y a un potentiel pour faire quelque chose ?  Sur Aubervilliers, dans le cadre de notre projet pilote, nous avons travaillé avec un jardinier pour développer un potager entre deux immeubles. Durant cette étape, nous avons beaucoup observé, c’est essentiel dans notre démarche. Et l’on a découvert des informations importantes comme le fait que les mamans du quartier privilégiaient certains endroits durant les mois d’été pour s’installer et regarder les enfants jouer. La raison de leur choix ? C’est le seul endroit sur la dalle où l’on peut trouver un peu d’ombre durant l’été. Il ne fallait donc pas y implanter le potager. Cette expertise d’usage est essentielle, et nous ne l’obtenons qu’avec cette étape. »
  • Après cette première phase, DVTup commence à rédiger avec l’ensemble des acteurs un programme d’activités, c’est la 2e étape : « Nous proposons un programme d’évènements et d’ateliers en petits groupes, sur des thèmes comme la cocréation, l’intelligence collective, pour commencer à faire se rencontrer la communauté des acteurs locaux, les familiariser avec le travail collaboratif et identifier un groupe de personnes prêtes à s’engager dans la revalorisation de l’espace. Nouveaux diagnostics en marchant, ateliers en marchant, ateliers sur la gouvernance d’un projet, sur comment les choses peuvent se financer, sur le projet en lui-même… Ces ateliers se font toujours en mixant les acteurs au maximum. »Pour faire en sorte que les ateliers ne soient pas uniquement composés des mêmes personnes comme c’est souvent le cas aujourd’hui dans les processus participatifs, DVTup met en place un dispositif assez singulier, le concept de l’habitant reporter : « Il s’agit de faire en sorte que chaque personne qui participe aux ateliers aille interroger elle-même les voisins de son quartier, pour ramener de la matière au prochain atelier. » En plus de cette originalité visant à récolter de la matière au-delà des ateliers, DVTup mise sur des formes différentes d’événements : « Nous créons également des moments de convivialité. Cela nous permet de rassembler plein d’habitants et d’une manière différente pour toucher plus de monde. Ceux qui ne viennent pas aux ateliers vont probablement venir aux repas festifs et vice versa. »
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    Crédits : DVT UP – Auberviliers

     

  • En ce qui concerne la troisième étape, Julie Heyde nous explique qu’elle vient en complément de l’étape 2, dans le sens où étape 2 et étape 3 ne sont finalement qu’un seul et même cycle. L’étape 3 de la méthode DVTup étant en réalité le test de l’étape 2 : « Dans cette troisième étape, il s’agit de trouver de quelles manières on peut mettre en place un processus itératif pour parvenir jusqu’à la construction réelle du projet sur un lieu. Pour cela, l’idée que nous avons eue, est de produire quelque chose qui soit encore plus éphémère qu’éphémère, autrement dit limite de la performance. Il s’agit de tester, avant de construire réellement le projet et de dépenser l’argent nécessaire sans savoir si le projet final fonctionne. » Tout en se gardant bien d’être concepteur du projet final, DVTup teste dans cette étape, les process qui vont amener à la réalisation du projet. L’équipe accompagne et applique avec les habitants et les concepteurs, (architectes, urbanistes, artistes, jardiniers…) ce qui devra ensuite se pérenniser sur un espace qui était délaissé auparavant.
  • Enfin la phase 4 viendra formaliser l’indépendance et la pérennité du projet. Il s’agit d’accompagner les habitants et l’ensemble des acteurs sur l’économie locale du projet. « Le groupe d’action locale ayant tous les outils pour être autonome, la réalisation du projet de revalorisation démarre avec les concepteurs eux-mêmes. » DVTup reste à disposition et veille quotidiennement, mais de manière plus ponctuelle, au bon déroulement du chantier, en intervenant si besoin. Et la dernière étape est une application de toutes les choses auxquelles les différents groupes ont réfléchi auparavant.

Toutes ces étapes se construisent encore aujourd’hui au fil des missions que DVTup met en place. Et comme l’explique si bien Julie Heyde, tout cela prend un peu de temps bien entendu, mais l’idée est aussi de fédérer une communauté grâce à toutes ces étapes. Sur les territoires, la jeune équipe apprend donc à créer du « Local Love » comme le présente si bien le logo de l’entreprise. Au final, ce sont des projets qui prennent vie et qui petit à petit ne se nourrissent plus que des habitants, pour laisser l’équipe de DVTup repartir vers d’autres horizons. Un peu comme un nourrisson qui en grandissant apprend à devenir autonome…

 

Lumières de la Ville

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