Djerbahood : la capitale mondiale du street art est en Tunisie

15 Déc 2014

Interview de Mehdi Ben Cheikh, directeur de la galerie Itinérance et créateur du projet Djerbahood, qui a permis de transformer un village tunisien en musée du street art à ciel ouvert.

Village Tunisien street art - Eriadh ; Copyright : Rani777 (Baha-Eddine MKD / Wikimedia)

Peinture murale créée dans le cadre du projet Djerbahood ; Copyright : Rani777 (Baha-Eddine MKD / Wikimedia)

Cet été, plus d’une centaine de street artists venus des quatre coins du monde ont posé leurs valises sur l’île tunisienne de Djerba. S’ils se sont tous retrouvés au même endroit, ce n’est pas pour se la couler douce au bord d’une piscine mais parce que Mehdi Ben Cheikh les a conviés à venir laisser leur empreinte artistique sur les murs du petit village d’Eriadh.

Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas encore, Mehdi Ben Cheikh est le directeur de la Galerie Itinérance. L’homme s’était déjà fait remarquer en 2013 en transformant une tour du 13ème arrondissement de Paris promise à la destruction en espace dédié au street art (« Tour Paris 13 »). Cette fois, il refait parler de lui avec « Djerbahood », un projet encore plus ambitieux, puisqu’il s’agit de transformer un village traditionnel tunisien en « véritable musée à ciel ouvert, sans équivalent ailleurs dans le monde ». Il nous en dit plus sur l’avenir de cet ambitieux projet de création collective.

Comment vous est venue l’idée de créer ce musée du street art à ciel ouvert ?

Ce projet traînait dans mon esprit depuis un petit bout de temps déjà. Vous savez, j’ai vécu vingt ans en Tunisie, puis vingt ans à Paris. Ma mère et française et mon père marocain. Donc c’était tout naturel, pour moi, de monter un projet en Tunisie. C’était en moi depuis longtemps.

Village Tunisien street art - Eriadh ; Copyright : Rani777 (Baha-Eddine MKD / Wikimedia)

Les street artists ont pu redécorer les parois des murs et des maisons du village d’Eriadh.
Copyright : Rani777 – Baha-Eddine MKD / Wikimedia

Pourquoi avoir choisi le village d’Eriadh ?

C’est un petit village situé en plein centre de Djerba mais qui n’était pas du tout touristique. L’architecture était préservée et le village est situé à une petite quinzaine de kilomètres d’un aéroport international, ce qui facilite les choses d’un point de vue logistique. Et puis, c’est un village où chrétiens, juifs et musulmans vivent en paix depuis des siècles… L’arrivée d’une centaine de street artists cet été a permis de donner une autre image du village. Le projet Djerbahood a permis de remotiver les habitants, de faire revivre ce village, notamment sur le plan économique avec l’ouverture de nombreuses boutiques. Maintenant, tous les matins, des bus de touristes débarquent dans le village, ce qui était loin d’être le cas il y a encore quelques mois…

À ce jour, combien d’artistes sont déjà venus à Eriadh dans le cadre du projet Djerbahood ?

Près de 300 œuvres ont déjà été réalisées par près de 150 artistes. Certains sont toujours sur place à l’heure où l’on parle. Car même si le rythme de production des œuvres a ralenti depuis la rentrée, je tiens vraiment à ce qu’on continue à envoyer des artistes sur place. L’idée, c’est vraiment que ce musée à ciel ouvert soit toujours en ébullition, en perpétuelle évolution.

Certains street artists s’opposent à la « muséification » de leur art. Qu’en pensez-vous ? Le musée à ciel ouvert d’Eriadh est-il une façon d’institutionnaliser le street art ?

Qu’il s’agisse du projet « Tour Paris 13 » ou de Djerbahood, mes projets ne sont que des propositions sur la meilleure façon d’exposer le mouvement street art. À mes yeux, il y a deux conditions essentielles à respecter : que le street art soit gratuit et demeure intégré dans l’espace public. Ce qui est certain, c’est que tous les artistes qu’on a fait venir sur place ont adoré le projet. Avec ce village traditionnel, on leur a donne accès à une architecture urbaine très différente de celle de métropoles comme Paris ou New York. Eriadh, ce sont de petites ruelles dans lesquelles s’alignent des houchs, ces maisons traditionnelles peintes à la chaux blanche et à l’architecture plutôt basse. Et ces nouvelles « toiles » ont fait naître chez eux de nouvelles idées artistiques.

Le projet Djerbahood va-t-il être décliné dans d’autres villages à travers le monde ?

Bien entendu, on m’a déjà proposé de décliner Djerbahood ailleurs. Mais ça ne me botte pas du tout. Si d’autres veulent le faire, tant mieux ! Moi, ce qui m’amuse, c’est de trouver et de donner vie à de nouveaux concepts. Après, le projet Djerbahood est toujours bien vivant et va connaître de nouveaux développements dans les prochains mois. C’est une aventure sur le long terme. D’ici le mois de mars, vous aurez des surprises. Mais je préfère ne pas en dire plus car je suis assez superstitieux…

Pour aller plus loin :

Usbek & Rica

Vos réactions

Deborde Adèle 22 décembre 2014

Nous qui sommes de l’autre côté de la terre, nous aimerions voir plus de photos de ces oeuvres !
Quelle belle initiative !

MARCILLAT Corinne 14 janvier 2015

A l’occasion des préparatifs de mon séjour djerbien, j’avais repéré cette manifestation sur le blog avant de partir.
Et bien sûr notre hôte nous en a parlé.
Donc en route pour Eriadh, nous sommes tombées sous le charme, ma fille et moi, d’abord par l’ambiance du village, puis petit à petit par la découverte des œuvres sur les murs des maisons, autour des portes, sur les coupoles, au fur et à mesure de la ballade.
Nous ne savions plus où donner de la tête ni de l’objectif de l’appareil photo.
Travail d’orfèvre, souci du détail, variété des thèmes et des couleurs.
Certaines portraits de femme semblaient réels.
Une belle expérience !

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