Demain la ville : le best of 2013

2 Jan 2014

Le site Demain la ville fête son premier anniversaire ! Un an d’échanges et de réflexions sur l’avenir de l’espace urbain, au cours duquel la ville se sera révélée tour à tour intelligente, frugale, nomade, agile ou coopérative. Best of.

Légende : Vue de New York, dans le jeu vidéo Sim City 3000.  Copyright : Roger Schultz / Flickr

Légende : Vue de New York, dans le jeu vidéo Sim City 3000. Copyright : Roger Schultz / Flickr

Dans son manifeste fondateur, le site Demain la ville décrivait la triple révolution (numérique, écologique et citoyenne) à l’origine des grandes mutations que traverse aujourd’hui l’espace urbain. L’année 2013 aura creusé un peu plus ce sillon : la tendance est bien à l’émergence de villes plus vertes, plus intelligentes et plus démocratiques. Mais la route est encore longue.

Intelligence vs. Frugalité

Smart City. En 2013, le mot était sur toutes les lèvres. Et, en filigrane ou en gros titre, présent dans bon nombre d’articles parus sur ce blog. Une starification justifiée tant la perspective, désormais crédible, de l’avènement d’une « ville intelligente » est riche en promesses. Pourtant, il convient de dépasser le simple fantasme d’une ville-réseau ultraconnectée, où les outils numériques permettraient d’exploiter en temps réel les données fournies par les citoyens – et dont la « ville ubiquitaire » de Songdo City, en Corée du Sud est probablement l’exemple le plus probant à ce jour.

Certes, les boulevards connectés, les trottoirs producteurs d’électricité et les drones livreurs ou bâtisseurs de gratte-ciel sont utiles et promis à un bel avenir. Mais une ville intelligente, c’est surtout une ville plus pratique et plus raisonnable, qui met la révolution numérique au service de ses habitants. C’est une ville qui préfère l’invention et l’importation de solutions inédites à la surenchère technologique. D’où l’intérêt des systèmes de voitures partagées et de l’introduction dans nos villes de transports individuels mieux adaptés aux nouveaux besoins de mobilité, comme le tuk tuk asiatique ou le téléphérique urbain, qui séduit aujourd’hui de Caracas à Brest. La ville intelligente, c’est aussi celle qui sait transformer ou réhabiliter des lieux qu’on croyait devenus inutiles, à l’image des friches industrielles.

Il convient donc de ne pas opposer l’intelligence à la frugalité. L’équation urbaine est plus complexe que cette simple opposition binaire. Le cloud au-dessus de nos têtes peut aussi servir à mettre au point des « innovations sociotechniques » visant par exemple à réduire notre facture énergétique ou à mieux consommer.

En 2014, il faudra donc veiller à ce que la coquille technologique qui tend à habiller nos villes ne finisse pas par « désurbaniser l’urbain », comme le redoute la géographe Saskia Sassen.

Ville vs. Campagne

Si la ville smart continue de faire débat, en revanche, rares sont les voix qui osent remettre en question l’avènement d’une ville plus verte. En 2013, architectes et urbanistes ont continué de verdir les villes du sol au plafond, pour répondre à la demande citoyenne autant que pour déminéraliser un espace urbain resté trop longtemps déconnecté de la nature. La ville biomimétique, qui s’inspire des mécanismes naturels jusque dans sa structure, n’a ainsi jamais été autant à la mode. Contrairement à l’idée reçue, la biodiversité a toute sa place en ville. Certains espaces urbains constituent même des écosystèmes plutôt accueillants, pour les animaux comme pour les arbres, dont on sous-estime trop souvent les vertus écologiques. « L’avenir, c’est la ville à la campagne et la campagne dans la ville », nous dit d’ailleurs l’architecte Jacques Rougerie.

Impossible de parler de la nature en ville sans aborder la question centrale des ressources alimentaires. En 2013, les potagers urbains et les gratte-ciel transformés en fermes ont eu la cote. Mais le séduisant concept de « ville nourricière » a aussi sa face cachée (aliments pollués, étalement urbain…). Un débat qui, en creux, pose aussi la question du confort des villes. Vivre en ville est-il toujours aussi épanouissant ? Pas certain, quand on voit qu’environ 100 000 français quittent chaque année leur ville pour s’installer à la campagneet devenir des néo-ruraux.

Une ville plus verte, c’est aussi une ville qui sait transformer la contrainte environnementale en opportunité créative, à l’image de l’architecture cradle to cradle de Steven Beckers. C’est une ville où l’air que l’on respire n’est pas plus forcément impur et où les immenses quantités d’eau usée peuvent être recyclées. Enfin, c’est une ville qui sait anticiper un futur qui ne sera pas forcément rose – en particulier sur le plan énergétique – à l’image du mouvement des « villes en transition ».

La fin de l’expertocratie

L’année 2013 aura surtout été marquée par l’irrésistible montée en puissance de la figure du citoyen dans l’espace urbain. Un constat qui vaut autant pour les métropoles occidentales que pour les bidonvilles d’Afrique ou d’Asie, devenus de véritables laboratoires de l’innovation low tech. L’art de faire plus avec moins : c’est le concept en vogue de jugaad cher à Navi Radjou.

Dans les mégapoles, l’urbanisme participatif prend forme, porté par la démocratisation des outils numériques. Il passe notamment par les plate-formes de crowdfunding : de Nantes à Bogota, les citoyens peuvent aujourd’hui lever des fonds pour initier des projets visant à rendre leur ville plus belle, plus confortable, plus pratique. Bref, plus agréable à vivre. Autre signe évident de l’empowerment des habitants : la transformation de l’espace urbain en un immense terrain de jeu. Cela se traduit notamment par l’engouement pour le parkour, art du déplacement à mi-chemin entre le sport extrême et la mobilité urbaine. En 2013, l’urbanité citoyenne s’est aussi affirmée à travers la montée en puissance de l‘habitat coopératif et de modèles de consommation qui sortent des sentiers marchands ordinaires (location, occasion, achat mutualisé…). Se développent ainsi « pléthore de pratiques qui commencent à faire système », nous dit l’économiste Philippe Moati.

Petit à petit, la ville s’adapte à ces nouveaux usages urbains, créant les structures que réclament les « travailleurs hypermobiles sans bureau fixe » décrits par le sociologue Bruno Marzloff. Des tiers-lieux feurissent un peu partout, même si ces nouveaux espaces hybrides concernent pour le moment surtout l’avant-garde des travailleurs créatifs. Pour continuer à démocratiser la ville, à la cocréer avec ses habitants, la culture pourrait bien constituer un levier essentiel, au même titre que la protection de l’environnement.

Espérons qu’en 2014, la ville continuera de se construire en profitant des idées de celles et ceux qui la façonnent, à savoir ses habitants. Cette participation citoyenne devrait contribuer à bâtir un avenir urbain plus pratique, plus raisonné, plus nomade et plus agile, qui ne passe pas forcément par les voitures-volantes et les frigos intelligents, représentations éternelles d’un futur devenu désuet.

Usbek & Rica

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