De l’accessibilité au confort d’usage : concevoir pour tous grâce au design

23 Fév 2016

90 cm, 5 %, 150 cm, 140 cm, ascenseurs, élévateurs, pictogrammes, bandes podotactiles, nez de marches contrastés… Les normes en matière d’accessibilité relèvent bien souvent pour le grand public d’un vocabulaire qui, ironie du sort, est, lui, peu accessible. Pourtant, au-delà du simple respect de la loi, il s’agit aujourd’hui d’envisager une ville facile, confortable qui prenne en compte tous les usagers. Comment donc passer de la notion d’accessibilité à celle, plus inclusive, de confort d’usage ? Comment concevoir une ville pour tous, notamment grâce à l’approche par le design ?

L’accessibilité : un projet global

La prise en compte de tous les usagers nécessite de réviser notre façon de concevoir et de créer la ville. Ce qui doit désormais motiver la création, ce sont les usagers finaux dans leur diversité. Bien plus que de simples produits ou espaces, on s’attache aujourd’hui à concevoir des services adaptés à toutes les échelles. L’avènement du design dans le processus de conception a permis de remettre l’utilisateur final au centre du projet.
Pour Anne Bugugnani, designer, « concevoir pour tous engage une forme de générosité de la part du concepteur : une générosité du regard, mais aussi générosité de résultat. Concevoir pour tous c’est embrasser la diversité, il faut l’accepter et il faut l’aimer ».
Exit le Modulor, on s’intéresse désormais à l’être humain avec toutes ses différences. Et pour mieux appréhender ces différences, il s’agit de créer les conditions du dialogue, ce qui quand on parle d’accessibilité prend le nom de concertation. On ne cherche plus à « construire pour » mais bien à « construire avec » en tenant compte de toutes les parties prenantes d’un projet. Car l’obstacle majeur à l’accessibilité est avant tout la méconnaissance des utilisateurs.

Observer, appréhender les différences, créer les conditions du dialogue : des atouts indispensables du designer pour renouveler la pratique de l'accessibilité (c) Anne Bugugnani

Observer, appréhender les différences, créer les conditions du dialogue : des atouts indispensables du designer pour renouveler la pratique de l’accessibilité (c) Anne Bugugnani

L’approche par l’empathie

Pour Emmanuelle Chaminand, designer, « il est très difficile de concevoir lorsqu’on ne peut pas se prendre en exemple. Il faut donc aller à la rencontre de l’autre. Le design refuse la mise en échec de tout utilisateur et va chercher les points critiques pour trouver des solutions à apporter ».
En effet, quoi de mieux pour être sensibilisé à un problème que d’y être confronté directement ? C’est ce que propose la méthode « try it yourself », une approche par l’empathie où le concepteur va se mettre temporairement en situation de handicap. Se projeter ainsi dans le corps de l’autre permet de mieux explorer ses besoins. Et certaines collectivités ont d’ores et déjà appliqué cette méthode, comme Nantes Métropole : du handicap visuel au handicap moteur, les élus ont ainsi pu tester différentes situations à travers des parcours dans la ville.

L'approche par l'empathie : une nécessité pour appréhender les besoins de tous les utilisateurs (c) Sébastien Jardillier

L’approche par l’empathie : une nécessité pour appréhender les besoins de tous les utilisateurs (c) Sébastien Jardillier

L’approche par le jeu

Se mettre à la place de l’utilisateur final peut aussi se faire de manière plus ludique, en utilisant le jeu de rôle. La technique dite des persona permet d’incarner des personnages fictifs pour leur faire utiliser un lieu, un produit ou un service. Pour cela, le citoyen se met dans la peau d’un usager possédant un handicap (moteur, cognitif ou sensitif) et élabore son scénario en utilisant des cartes de jeu. Dans ses mains, il possède des cartes pour le guider dans son scénario et imaginer les interactions qui peuvent se produire. Chaque scénario va être ainsi la base de discussions entre le designer et le citoyen afin de comprendre les besoins, les attentes et les freins des usagers. Il apporte aussi une nouvelle vision de l’accessibilité en montrant l’étendue des possibilités d’application et d’utilisation des dispositifs créés. Ainsi la co-conception entre le citoyen et le designer apporte une plus-value à l’accessibilité. Elle permet aussi de questionner, réemployer les dispositifs de mise en accessibilité et de prendre en compte tous les usagers dans l’espace urbain.

Le jeu : un moyen ludique d'élaborer des scénarios en incarnant un personnage (c) Sébastien Jardillier

Le jeu : un moyen ludique d’élaborer des scénarios en incarnant un personnage (c) Sébastien Jardillier

Pour Florent Orsoni, directeur du Design Lab Ville Durable de l’École de design Nantes Atlantique, « enseigner l’accessibilité, c’est avant tout d’être curieux, aimer découvrir. Au sein du Design Lab Ville Durable, l’accessibilité est totalement intégrée, elle est naturelle et fait partie intégrante de l’enseignement. On ne parle d’ailleurs plus d’accessibilité mais tout simplement de bon design ».

Par Sébastien Jardillier, étudiant en cinquième année à l’École de design Nantes Atlantique, cycle Master Ville Durable, et Zélia Darnault, enseignante.

L'École de design Nantes Atlantique

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