Clochers et ondes hertziennes et internet fut

7 Mai 2018

Alors que la fracture numérique augmente en France selon une étude récente d’UFC que Choisir, les chercheurs du monde entier se penchent sur de nouvelles solutions pour diffuser un signal à haut débit et à bas coût. Dans les zones rurales et à faible densité de population, il est effectivement encore très cher et peu rentable de multiplier les antennes relai. Mais tandis que l’Angleterre vient de passer un accord avec ses églises pour qu’elles participent à l’implantation d’internet dans les campagnes, une technologie alternative, basée sur les ondes de télévision pourrait changer radicalement la donne.

L’installation de la fibre dans à la campagne est coûteuse

L’installation de la fibre dans à la campagne est coûteuse – Shutterstock

La France et la fracture numérique

Dans son rapport du 11 avril, le défenseur des droits Jacques Toubon s’alarmait de la discrimination que causait la dématérialisation des démarches administratives. En effet, en remplaçant les guichets par des formulaires en ligne, l’État semble ignorer l’inégal accès à internet sur le territoire. Selon le rapport, 27% des Français n’ont pas de connexion et 33% ne sont pas à l’aise avec l’outil. Une situation qui fragilise les personnes en situations précaires, bien souvent tributaires de la solidarité nationale. En pointant ainsi du doigt la dématérialisation et son manque d’accompagnement, Jacques Toubon met le doigt sur une réalité à laquelle se confrontent de nombreux pays développés : la fracture numérique. Car au sein des 27% de Français qui n’ont pas internet, l’UFC que Choisir compte 11% inéligibles à un internet de qualité (soit un débit supérieur à 3 mégabits par seconde). Ce qui signifie que 7,5 millions de citoyens ne pourraient pas avoir internet chez eux quand bien même ils le voudraient. Ces déserts numériques sont dites zones blanches : le déploiement d’internet y est trop coûteux et complexe pour les opérateurs qui se sont d’abord concentré sur les centres urbains denses.

Ces chiffres révèlent un retard critique comparé à d’autres pays européens : la couverture française est inférieure de 32% par rapport à l’Espagne, de 37% par rapport à l’Allemagne, ou encore de 46% par rapport au Royaume-Uni. Un sujet dont s’est emparé le gouvernement qui a prévu depuis 2013 un plan « France très haut débit » visant à connecter l’intégralité du territoire d’ici 2022. Un objectif « chimérique » selon l’UFC que Choisir qui considère non seulement que l’objectif ne pourra pas être atteint avant 2035, mais observe également que cette priorité donnée à la fibre entraînera des hausses du tarif d’abonnement pour financer la connexion des zones blanches. En effet l’association de consommateurs affirme dans une publication de septembre 2017 qu’une personne sur deux n’a pas accès à internet très haut débit et que la répartition profite largement aux urbains : 90% des Parisiens contre 1% des habitants de la Creuse ou de la Dordogne.

Dans le comté de Norfolk en Angleterre, la plupart des églises sont équipées d’une antenne Wifi

Dans le comté de Norfolk en Angleterre, la plupart des églises sont équipées d’une antenne Wifi – itv.com

Des clochers en haut débit

Dans ce secteur, les innovations sont très surveillées en France comme en Angleterre ou aux États-Unis. Elles pourraient réduire cette source d’inégalités sociales et augmenter la pénétration des services numériques sur le territoire. Outre les services publics et les démarches administratives, les enjeux sont économiques (entrepreneuriat, tourisme…), d’information, ou même médicaux : Internet permettrait à des hôpitaux maigrement équipés de transmettre des photos haute définition de leur patients pour obtenir rapidement un diagnostic auprès de spécialistes. Dans un même effort de réduire la fracture numérique, le gouvernement britannique concluait en février dernier un accord de partenariat avec l’Église d’Angleterre afin d’améliorer la connexion du territoire. Non contraignant, l’accord encourage les paroisses à investir dans internet ou simplement à autoriser l’accès aux propriétés de l’Église pour les équipements et infrastructures. Certains clochers pourraient abriter un transmetteur Wifi par exemple.

En effet, en Angleterre 66% des églises sont en zone rurale. Leur situation stratégique en plein cœur de village est idéale pour améliorer la couverture internet des campagnes. Si l’accord souligne l’importance de ne pas défigurer le patrimoine architectural et de placer les équipements intelligemment, le symbole envoyé par l’Église d’Angleterre est positif. Les paroisses deviennent vecteur de modernité et d’égalité sociale par le numérique. Malheureusement un tel accord entre le gouvernement et l’Église ne serait pas possible en France où la très large majorité des édifices religieux appartiennent aux communes depuis la loi du 2 janvier 1907 concernant l’exercice public des cultes. L’idée donne tout de même à réfléchir.

L’église St Peter et St Paul dans le village de Carbrooke en Angleterre diffuse du Wifi

L’église St Peter et St Paul dans le village de Carbrooke en Angleterre diffuse du Wifi – Norfolk Diocese/WiSpire

Et les vieilles ondes hertziennes ?

Mais depuis une dizaine d’années l’alternative du « super Wifi » est à l’étude. Un cas d’école de recyclage technologique qui utiliserait les « fréquences blanches » de la télévision hertzienne. De quoi s’agit-il ? Les fréquences blanches ou bandes blanches sont les fréquences interstitielles entre les chaînes, elles ont été mises en place pour éviter les interférences entre les canaux de télévision analogique. Inexploitées, leur principal avantage réside dans leur portée puisque les données peuvent voyager jusqu’à 15km et ce, malgré les murs, les arbres et la topographie du terrain. De plus, ce signal peut transporter des données sans fil à très haut débit (80 mbps et au-dessus). Ce super Wifi nécessite donc peu d’antennes relais pour couvrir une vaste zone ce qui réduit son coût. Sa propagation et son exploitation font donc rêver de nombreuses entreprises du secteur, en particulier aux États-Unis où le territoire est très marqué par la fracture numérique.

Dans une présentation donnée en juillet 2017, le président de Microsoft Brad Smith affirmait que les coûts d’installation et d’exploitation d’une telle connexion (« TV WhiteSpace » ou TVWS, en anglais) seraient jusqu’à 80% inférieurs à ceux d’une infrastructure de type fibre ou câble. À en croire Xavier des Horts, responsable chez Microsoft de l’initiative TV WhiteSpace en France, l’opérateur partenaire est déjà trouvé et il ne reste plus qu’à choisir un territoire pour commencer les expérimentations. Prometteur…

Le TVWS utilise les fréquences inutilisées par la télévision

Le TVWS utilise les fréquences inutilisées par la télévision – Shutterstock

Usbek & Rica

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