Biodiver-cité, la vraie ville durable

4 Sep 2017

Alors que chaque jour une surface équivalente à Paris est urbanisée dans le monde, les bienfaits d’une ville biodiversifiée sont innombrables et méconnus. Et si on parlait un peu de biodiversité urbaine ?

mouette paris notre dame eglise

« Mouettes devant Notre-Dame à Paris »
@Patrick Kovarik – AFP

Constat

Quand on parle de biodiversité, on pense immédiatement aux grands espaces naturels, forêts et océans à protéger de l’activité de l’homme. On ne pense jamais aux villes, qui sont considérées comme des “non-nature”. Elles abritent pourtant une faune et une flore importante dont la richesse est au cœur du fonctionnement autonome de la nature. Sous la pression de l’activité humaine cet écosystème doit s’adapter pour survivre, et si sa ténacité est admirable on en voit déjà les limites. En Chine, certains paysans doivent polliniser manuellement leurs vergers faute d’abeilles.

Rappelons que depuis 2007 le nombre d’urbains est supérieur au nombre de ruraux, et ils représenteront 75% de la population mondiale d’ici 2050. Chaque jour depuis 30 ans, une superficie équivalente à celle de la ville de Paris est urbanisée sur Terre. La superficie totale de ces zones urbaines occupe déjà une superficie supérieure à celle des aires naturelles protégées.

biodiversité ville fleurs

« Borago officinalis ou Bourrache »
@Borago officinalis L. par Marie-France PACAUD Licence CC BY SA Tela Botanica

Bienfaits

L’importance d’imaginer une ville plus propice à la biodiversité semble alors déterminante pour l’avenir des villes et de leurs habitants. Pour Nathalie Machon, professeur d’écologie au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) « la biodiversité urbaine permet à des milliards d’humains de vivre dans les villes dans des conditions plus acceptables. Elle leur rend beaucoup de services dont ceux de la santé et la qualité de vie ». Rien que ça…

En effet, en 2013 l’association Plante & Cité publie un rapport compilant l’état des connaissances scientifiques sur les bienfaits d’une ville végétale. La santé humaine est la première impactée : la proximité d’un espace vert favorise l’activité physique et réduit le stress. L’équilibre environnemental en bénéficie également puisque la verdure permet la dépollution de l’air et des sols, une meilleure régulation thermique des villes (dont la dominance minérale retient la chaleur), ainsi qu’une meilleure absorption des eaux (dans un contexte imperméabilisé par les bâtiments). Certaines études démontrent même que la biodiversité peut engendrer des plus-values immobilières grâce à la présence d’une espèce végétale ou animale rare dans un quartier par exemple.

atelier découverte biodiversité en ville

« Atelier de découverte organisé par Tela Botanica »
@Licence CC BY SA Tela Botanica

Recensez-les tous !

Parmi les villes les plus en avance en terme de biodiversité, Singapour maintient une politique avant-gardiste et très proactive depuis son indépendance. Avec aujourd’hui 40% d’espaces verts, la cité-État asiatique réalise la prouesse d’augmenter constamment la superficie végétalisée en même temps que sa population. En 2009 elle conçoit un outil précurseur dans l’évaluation de la biodiversité d’une ville : l’index de biodiversité urbaine. Celui-ci est désormais reconnu par l’ONU comme indicateur de référence et utilisé par plus de 80 villes. Il permet notamment d’établir de solides critères d’évaluation et donc de mesure de la biodiversité. Car c’est là tout l’enjeu : les villes manquent de données sur leur faune et leur flore, pourtant c’est un prérequis à toute politique de biodiversité urbaine.

« On ne peut absolument pas appliquer à la ville ce qu’on connaissait sur les écosystèmes et leur fonctionnement en milieu naturel ou agricole » résume Philippe Clergeau au micro de France Culture. Pour le professeur du MNHN, il faut observer et comprendre les interactions de la nature avec l’homme en ville. Pour répondre à cette demande tout en sensibilisant le grand public, de nombreux programmes apparaissent à travers le monde invitant les citadins à répertorier les espèces de leur écosystème. Parmi eux, Sauvages de ma Rue est une initiative lancée par Nathalie Machon et le MNHN, en partenariat avec Tela Botanica, un réseau de 38 000 botanistes français. Ce programme citoyen à vocation scientifique a développé une application mobile via laquelle il est possible de prendre en photo une plante dans sa rue afin de référencer les espèces environnantes. Cette sorte de Pokemon Go du botaniste a permis en 5 ans de compiler près de 80 000 prélèvements géolocalisés dans toute la France et de fournir au MNHN un ensemble de données précieux. « Une mauvaise herbe est une plante dont on ne connaît pas encore les vertus » rappelle-t-on souvent chez Sauvages de ma Rue. Ainsi pour sensibiliser le public et lui faire découvrir les espèces endémiques à la ville, l’association met toutes ses données à disposition sur leur site et leur cartographie.

 

panneaux de signalisation coquelicot en ville

« Coquelicot en ville »
@Licence CC BY SA Tela Botanica

Choisir la biodiversité

Il est toujours étonnant d’observer comment la nature retrouve ses marques dans nos villes : des faucons chassant les pigeons depuis la Tour Eiffel, des fougères méditerranéennes qui filent vers le nord en suivant la chaleur urbaine, des goélands qui remontent la Seine depuis la Normandie pour se nourrir à Paris l’hiver… La richesse d’un écosystème est un cercle vertueux qui s’active par un jeu d’équilibres et d’interconnexions. Si la variété des constructions urbaines offre de multiples opportunités à la faune et la flore, ces espaces ont besoin de relais pour communiquer les uns avec les autres. C’est le rôle des trames vertes et bleues héritées du Grenelle de l’environnement de 2007 : créer un maillage écologique sur le territoire, grâce à un réseau de réservoirs et de corridors biologiques.

La biodiversité n’a pas vraiment de règle. Faune et flore sont intimement liées et chaque espèce doit sa place à celles avec qui elle cohabite. L’homme est peut-être l’espèce la plus envahissante de toute, mais c’est aussi la seule qui peut créer et modifier son environnement.

 

Grand amoureux de la nature et célèbre auteur de science-fiction, le tchèque Karel Čapek écrivait en 1929 « rien ne saurait expliquer une fenêtre d’immeuble citadin derrière laquelle rien ne pousse ni ne vit, si ce n’est une pauvreté morale ». Du pot de fleurs de balcon aux jardins partagés ; de l’interdiction des pesticides dans les espaces publics à la trame écologique nationale, il ne tient qu’à nous d’organiser la biodiversité en ville.

Usbek & Rica

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