Habiter les ponts, usages et opportunités

29 Mar 2016

Habiter sur un pont. Si l’idée paraissait encore il y a une dizaine d’années un brin farfelue, elle est depuis envisagée par de nombreux architectes, urbanistes ou designers. Car habiter les ponts présente de nombreux avantages, notamment dans des villes où le foncier semble saturé. L’enjeu n’est pas simplement dans l’habitat à proprement parler, mais bien dans la diversification des usages de ces ponts trop souvent vus comme de simples infrastructures dédiées à franchir un obstacle. Alors, comment envisager l’habitabilité de nos ponts ?

Habiter, sous quelles formes ?

Se tourner vers le passé pour construire le futur, voilà ce qui pourrait qualifier l’idée d’habiter les ponts. Car nos ponts n’ont pas toujours été vides. Dans le Paris médiéval, par exemple, la quasi-totalité des ponts sont pourvus de maisons. La raison est à la fois fiscale (il s’agit d’éviter de payer le cens, l’impôt relatif au propriétaire du sol) mais aussi technique puisqu’on considère alors qu’en ajoutant de la masse sur le pont on en augmente la stabilité.

Face au grand nombre d’incendies, les ponts ont, peu à peu, été vidés de leurs habitations. Le courant hygiéniste a fini par sceller définitivement le sort de ces habitats singuliers : il faut que l’air puisse circuler, les ponts doivent donc être laissés libres. Aujourd’hui, les quelques ponts habités qui subsistent sont des attractions touristiques et conservent un aspect pittoresque.

Alors, ce mouvement de vouloir reconstruire sur les ponts est-il passéiste ? Non, car, ce qui prime avant tout dans les projets proposés, c’est la mixité des usages. En un mot, il s’agit de transformer ces lieux de franchissement en de véritables lieux de vie, ce qui est bien une définition du terme « habitat ».

La Joute des mariniers entre le Pont-Notre-Dame et le Pont-au-Change par Raguenet montre une vision de Paris et de ses ponts habités

La Joute des mariniers entre le Pont-Notre-Dame et le Pont-au-Change par Raguenet montre une vision de Paris et de ses ponts habités.

Des ponts créateurs de liens sociaux

Parmi les fonctions qui sont souvent mises en avant dans les projets de pont habités, il y a la création de liens sociaux. On revient ainsi à une des fonctions premières du pont : un lien entre deux rives, et donc entre deux groupes sociaux. Et c’est bien cette idée qui est mise en avant dans la plupart des projets proposés.

Parmi ceux-ci, l’architecte Stéphane Malka propose d’investir le Pont Neuf à Paris pour en faire un « lieu de passage et de brassage ». Sa structure composée de modules, passerelles et places publiques s’inscrit en rupture avec l’architecture traditionnelle et promeut une « architecture réellement différente où on n’a pas de béton à couler » (ses différents projets sont exposés dans son ouvrage Le Petit Paris (s) ). Et c’est bien par la diversification des usages que le lien peut se créer : pour Stéphane Malka, le pont pourrait abriter des bâtiments aussi différents qu’une galerie d’art, des bureaux, une MJC, des habitats ou encore des espaces publics.

Le projet de Stéphane Malka propose de faire du Pont Neuf un "lieu de passage et de brassage" (c) Stéphane Malka

Le projet de Stéphane Malka propose de faire du Pont Neuf un « lieu de passage et de brassage » (c) Stéphane Malka

Faire du pont une destination

Dans une ville en constantes mutations, il existe un réel besoin des usagers de renouer avec leurs ressources naturelles, et notamment leur fleuve. Souvent mis de côté et passifs face aux mutations urbaines, les habitants font part aujourd’hui de leur envie de s’approprier les espaces publics de la ville.

Le pont habité est alors une réponse du designer quant à la reconquête du fleuve. Il propose une pluralité de fonctions dans l’espace public pour que chaque citoyen trouve son rythme d’adaptation à la ville durable. La typologie particulière du pont offre un point de vue privilégié sur le fleuve. C’est un espace en suspension faisant écho au besoin de ralentir des usagers.

Le pont du designer, c’est donc le pont du choix des usages. Agathe Benoit, étudiante en deuxième année cycle Master Ville Durable, à l’École de design Nantes Atlantique, propose pour son Projet de Fin d’Études une nouvelle répartition de la circulation sur le pont qui offre davantage d’espace aux piétons et aux mobilités douces. Les usagers sont invités à s’approprier l’espace, à y déjeuner, s’y détendre en lisant un livre tout en profitant du riche cadre onirique offert par le pont. Dans ce projet intitulé “Steam”, le pont devient un point de repère dans la ville et un belvédère sur le fleuve. Ainsi, pour Agathe Benoit, le pont habité de la ville durable devient une destination en soi et non plus un simple espace de franchissement.

"Steam", le pont habité d'Agathe Benoît (c) Agathe Benoît

« Steam », le pont habité d’Agathe Benoît (c) Agathe Benoît

Par Zélia Darnault, enseignante

 

 

L'École de design Nantes Atlantique

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