À Nantes, la zone inondable de Pirmil-les Isles devient un enjeu de développement urbain

14 Mai 2018

Continuer de densifier les villes en bord de fleuve nécessite de relever le défi de construire en apprivoisant le risque d’inondation. C’est un enjeu sur lequel Nantes Métropole travaille actuellement à travers la ZAC Pirmil-les Isles, située à cheval sur les communes de Rezé, Nantes et dans une moindre mesure de Bouguenais. Il s’agit du premier projet de renouvellement urbain intercommunal porté par la métropole de Nantes et 4000 logements devraient y voir le jour d’ici 2030, tandis qu’environ 2000 emplois supplémentaires y sont espérés.

En avril 2017, ce projet a remporté le Grand Prix d’Aménagement « Comment bâtir en terrains inondables constructibles ». Le défi que représentent les secteurs inondables ne font semble-t-il pas peur à Frédéric Bonnet, urbaniste chargé d’établir les grandes lignes d’aménagement de la ZAC. La « ville-nature » qu’il propose pour ce quartier en mouvement dévoile différents aménagements permettant de reconquérir les berges de Loire et de recréer un véritable lien avec le fleuve.

Le site de Pirmil-les Isles fait directement face à l’Île de Nantes, de l’autre côté de la Loire

Le site de Pirmil-les Isles fait directement face à l’Île de Nantes, de l’autre côté de la Loire. Crédit : Agence api

La déshérence d’un quartier en bord de fleuve

Au Sud de Nantes, juste derrière la Loire, s’étend la commune de Rezé qui borde le fleuve jusqu’à l’emplacement actuel des Nouvelles Cliniques Nantaises (NCN) à l’Est. C’est d’ailleurs précisément à cet endroit que plusieurs décennies plus tôt, les abattoirs de Nantes ont été construits suite à plusieurs déménagements, en 1933. Pendant quatre décennies, jusqu’en 1975, l’entreprise représente le cœur du quartier et le fait vivre au rythme des bêtes qui y étaient abattues. Boucheries, tanneurs ou savonneries (qui utilisent les graisses animales) donnent le tempo à cette interface entre Rezé, Nantes, et la Loire. Après une nouvelle délocalisation non loin de là, les déficits s’accumulent et les abattoirs sont définitivement fermés en 1995, deux années après leur placement en redressement judiciaire.

Vingt ans plus tard, en 2015, l’ancien propriétaire des abattoirs Banchereau engage la démolition et la dépollution de la zone avec l’aide de la métropole de Nantes. Les bâtiments administratifs, de découpe, le restaurant ainsi que les logements ont ainsi été détruits par la société de démolition Occamat. À la fin de l’année 2015 enfin, après 6 mois et demi de travaux, le quartier est finalement rasé et nettoyé. Ce secteur nommé « Isles » représente 13 hectares sur les 150 que constituent la ZAC Pirmil-les Isles. Pourtant, l’ensemble du secteur s’épuise et nécessite une nouvelle réflexion pour y retrouver une urbanité plus durable.

Pour le moment sur cette vaste zone à reconquérir, ce sont déjà presque 3000 habitants qui résident sur les secteurs de Pirmil, de Trentemoult, Norkiouse, Basse-Île et Haute-Île. Mais dans les prochaines décennies, en plus des quatre milliers de logements supplémentaires attendus d’ici 2040, 2000 emplois pourraient voir le jour suite à la reconquête du quartier et à son développement prochain.

La destruction des anciens abattoirs et la dépollution du quartier laissent la place aux futurs projets d’aménagement

La destruction des anciens abattoirs et la dépollution du quartier laissent la place aux futurs projets d’aménagement. Crédit : Média Ouest France

Les différents secteurs de la ZAC

Les différents secteurs de la ZAC

Des promenades pour construire la porte d’entrée sur la ville

D’après l’adjoint au maire de Nantes en charge de l’urbanisme Alain Robert, « Pirmil est la plus ancienne porte d’entrée sud de Nantes, située sur la ligne de ponts historique qui forge l’identité nantaise. A l’origine, il s’agissait d’un vrai quartier avec des habitations, des commerces et des activités économiques. Avec le temps, Pirmil est devenu une place essentiellement vouée à la circulation de transit automobile qui n’a pas beaucoup de qualité malgré ses abords : station de tramway, collège, commerces, marché… L’objectif est de recréer un vrai quartier à vivre avec un parc à redécouvrir en bord de Loire ».

Alors dès Juin 2015, la concertation préalable à la création de la ZAC est lancée. Puis de Septembre à Décembre, l’agence Trait Clair et l’urbaniste en charge du projet Frédéric Bonnet ont recueilli un ensemble de points de vue du public permettant d’établir un diagnostic territorial exhaustif et proche des réalités du terrain. De ce diagnostic, Frédéric Bonnet a pu tirer des analyses et des propositions de réaménagement du quartier et afin de faciliter ce travail d’enquête, l’urbaniste a animé des balades urbaines de manière à recueillir l’ensemble des atouts et défauts du territoire. Une promenade à vélo a même été menée pour identifier les usages qui sont créés grâce à la présence de l’eau et de la Loire.

Au début de l’année 2016 se sont succédé les ateliers de préconisations concernant les formes urbaines, les déplacements locaux ainsi que sur la vie et le dynamisme du quartier. Les logements, les commerces, les bureaux qui devraient apparaître dans les prochaines décennies promettent en effet de donner une nouvelle identité au quartier. En ce sens, Frédéric Bonnet souhaite organiser le quartier comme une véritable « ville-nature ».

Le quartier pourra ainsi être traversé de manière plus douce grâce à la mise en place d’une trame verte ainsi qu’aux possibilités nouvelles de rejoindre la Loire en différents points d’accès piétons. Le quartier se positionne comme une porte d’entrée sur Nantes et son île, notamment grâce aux nouveaux équipements et services publics qui devraient y voir le jour.

La sérénité semble pouvoir être retrouvée sur les bords de fleuve grâce à ce projet urbain

La sérénité semble pouvoir être retrouvée sur les bords de fleuve grâce à ce projet urbain. Crédit : Obras

Un quartier qui s’adapte aux risques naturels

Le projet de réaménagement du quartier représente un défi auquel un grand nombre de villes devra faire face dans les prochaines décennies : la reconquête des berges de fleuves ou de rivières qui se dessine comme une opportunité de développement urbain. À l’image du projet porté par l’urbaniste Frédéric Bonnet de l’agence Obras, ces défis devront s’adapter aux aléas que peuvent présenter de tels territoires, en particulier le risque d’inondation. Dans cette optique, la ZAC de Pirmil-les Isles ambitionne de laisser une place importante à la nature afin que les aménagements urbains soient adaptés aux risques, au lieu de tenter en vain de de les contrer ou encore d’y interdire des constructions.

En l’occurrence, des parc transversaux en direction de la Loire ainsi que des jardins partagés formeront un « ciment vert » entre les éléments bâtis à venir. Piétons et cyclistes devraient par ailleurs s’y sentir à leur aise puisqu’une grande promenade leur sera réservée sur le secteur. Sur les deux kilomètres du projet le long de la Loire, il s’agira d’un véritable « parc métropolitain » qui devrait ainsi voir le jour petit à petit.

L’idée des concepteurs est d’éviter la création d’un front urbain trop brutal sur les berges de la Loire et d’y préférer une variété de formes architecturales et urbaines qui ouvrent le regard vers le grand paysage. Si la zone inondable ne représente en réalité que 10 % de la surface du projet, l’ensemble ouvre selon Frédéric Bonnet de nouvelles « opportunités d’innovation ».

L’adaptation au risque inondation passe par la création de bâtiments sur pilotis et de grands espaces verts

L’adaptation au risque inondation passe par la création de bâtiments sur pilotis et de grands espaces verts. Crédit : Obras

S’adapter aux aléas naturels pour construire la ville de demain !

Le grand prix « Comment mieux bâtir en terrains inondables constructibles » est organisé par le Ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer ainsi que par le Ministère du logement et de l’habitat durable. En 2017, le projet de Pirmil-les Isles y a remporté la mention spéciale dans la catégorie « projet urbain de ville-nature » grâce à son offre accessible en logements, en emplois et en services dans un contexte soumis à des risques naturels d’inondation. Sa démarche de co-construction et son respect de l’environnement ont également fortement contribué à l’obtention du prix.

Nantes Métropole Aménagement est d’ailleurs fière d’assurer que « Pirmil Les Isles fait partie de ces projets qui illustrent la diversité des approches et la capacité de composer et d’adapter la ville avec la nature et le changement climatique ».

Il semblerait donc que le secteur de Pirmil-les Isles reprenne de la vigueur dans les décennies à venir. Avec ses 4000 logements supplémentaires ainsi que ses 2000 emplois espérés, le territoire pourrait devenir une vitrine sur la ville qui s’adapte aux aléas naturels de son territoire. Si les habitants souhaitent y voir se développer des lieux de vie, le quartier semble d’après le maire de Rezé, Gérard Allard, déjà se développer « en respectant et en valorisant le passé, en faisant le lien entre les villages historiques et ce qui va s’implanter ». Les ambitions d’aménagement sont en effet très différentes de l’ultra-médiatisée Île de Nantes, située sur la rive Nord de l’autre côté de la ZAC, mais permettront de valoriser au mieux les trames vertes et bleues qui se mettent déjà en place dans ce secteur de l’agglomération. En respectant ainsi les enjeux environnementaux et les contraintes urbaines du territoire, Nantes se dessine un nouveau territoire pour l’accueil de ses futurs habitants, mais aussi pour les autres villes confrontées à la même situation.

Lumières de la Ville

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